08.05.2006
Marathon girl
Il y a des paradoxes assez réjouissants. Tenez, prenez Olivier Py. Avoir un nom aussi court et faire des spectacles aussi longs n’est pas donné à tout le monde.
Quand on aime on ne compte pas, me direz vous. Soit. Me voilà donc ce dimanche au Théâtre du Rond-Point à Paris pour y découvrir Les Vainqueurs : 10h au compteur. Avec 3 entractes certes, mais 10h quand même !
Ce dimanche 7 mai 2006 n’a pas existé. Que s’est-il passé dans le monde aujourd’hui ? Je ne sais pas.
J’étais au théâtre. Plus précisément en Arcadie avec un prince en exil, des courtisanes, un fossoyeur, un poète minable et maso, un dictateur, un jeune muet et des révolutionnaires.
J’ai vécu 10 ans. J’ai ri (souvent), j’ai pleuré (un peu). J’ai senti la fleur d’oranger, j’ai partagé des idéaux, j’ai voté pour le dernier mot d’un suicidé (« enfin raide » à la majorité des mains levées), j’ai reçu une « saucisse fatale », j’ai vu des pipes et des branlettes. Et un sourire. Le sourire insondable d’un homme (étourdissant Christophe Maltot) qui veut « vivre poétiquement ». Un sourire au mystère si insupportable que d’aucun se tueront pour en percer les secrets…
Il faut parfois accepter de s’abandonner.
Laisser ses emmerdes au vestiaire pour voyager léger.
Et savourer ce théâtre épique, obscène, généreux, agacant, sublime et débordant, grotesque et bouillonnant.
Une grosse baffe dans la gueule.
Crédit photos: Alain Fonteray
les samedis et dimanches à 13h30 jusqu'au 28 mai
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04.05.2006
Fana d'Isabella
Après la décontraction nantaise, revenons aux choses sérieuses. J’ai du lourd, du costaud. Du qu’on ne voit qu’une ou deux fois par décennie : La chambre d’Isabella.
Isabella, une grand-mère aveugle de 92 ans nous raconte sa vie. Pas de quoi grimper au rideau ? Halte là, camarades ! Le spectacle de Jan Lauwers est un électrochoc, une déflagration sensorielle dont on ne survit qu’avec un seul désir : Play it again, Jan ! D’ailleurs je n’y ai pas coupé. Ca fait quatre fois que je m’y colle.
Car Isabella vous happe, vous hante et vous hypnotise. Elle est flamboyante (immenssissime Viviane de Muynck ), elle est indépendante, elle aime le sexe. Ce qui nous vaut au passage la pelle la plus torride que l’on ait vu en scène depuis belle lurette (et encore, je ne vous dis pas avec qui…)
Jan Lauwers est metteur en scène, chorégraphe et scénographe. D’où l’extraordinaire liberté formelle du spectacle. Danse ? Théâtre ? Concert ? Les trois mon Capitaine. Avec en prime quelques idées de génie comme celle d’incarner la zone érogène de madame par un danseur en jupette ! (juste là, à droite)
Euphorique et KO, on sort de cette chambre en planant. Avec une musique en tête dont il faut plusieurs jours pour se débarrasser. We going on and on… Obsédant jusqu’au vertige.
Vous avez jusqu'à samedi 20h30 au Théâtre de la Ville à Paris.
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